Tous les sondages le prouvent. Les salariés qui bénéficient de la réduction du temps de travail, quoi qu’on pense de cette loi, sont heureux. Certes, certains chefs d’entreprise abusent de la flexibilité, comme les dirigeants de la société d’épiceries Guyenne et Gascogne, où le passage aux 35 heures s’est traduit, pour une partie des commerçants, par des horaires fous: de 5 à 10 heures le matin, puis de 19 heures à minuit! Mais prenez l’enquête d’opinion réalisée en mai dernier par la Sofres pour le ministère de l’Emploi (1). 80 % des personnes interrogées estiment que l’accord conclu dans leur entreprise correspond «tout à fait» ou «plutôt» à ce qu’elles attendaient. 70% jugent que les 35 heures sont «plutôt positives» pour leur qualité de vie. Qui plébiscite ainsi la réduction du temps de travail? Les hommes, les femmes, les jeunes et les plus vieux, toutes professions et opinions politiques confondues. Les enfants n’ont pas été interrogés, mais ils ont écrit à Martine Aubry. Comme Assia, 10 ans:«Ma maman et moi, nous organisons de nombreuses sorties et nous nous amusons. Merci. Grosses bises.»
Au début, tout le monde a paniqué, explique Sylvie Bendier Decety, responsable de la gestion des emplois et des compétences des laboratoires Boiron. Mais nous avons fait le bilan de cette mesure. Le résultat? Les salariés l’apprécient à tel point que ce serait un drame si on revenait en arrière. Quant à l’entreprise, elle a gagné en productivité. Nous avons donné un grand coup de pied dans l’organisation!» Certes, cette révolution des horaires bouleverse les habitudes et l’histoire sociale. «C’est la fin du temps collectif, regrette le sociologue André Rauch. Avant, c’est vrai, tout le monde partait en vacances en même temps. Mais les gens vivaient au sein d’une même communauté. Aujourd’hui, ils ne se voient plus. Il va falloir trouver de nouvelles convivialités. » Réponse de Jean Viard, également sociologue : « C’est vrai, on a cassé l’idée du temps collectif. Au début, cela inquiète. Mais très vite, chaque individu se construit son temps individuel. Quelle jubilation de se promener un mardi après-midi sans culpabiliser ! »
Se balader, et circuler. Cette révolution a totalement déboussolé notre Bison futé national. Ecoutez Jean-Louis Marlet, du Centre national d’Informations routières :« Cette année, les retours du 15 août ont été faciles, alors que nous les avions annoncés en rouge. Les gens sont restés plus longtemps en week-end. D’une manière générale, pour les fins de semaine, les gens partent plus tôt et reviennent plus tard, et ils prennent des vacances moins longues. » Résultat: le CNIR va lancer une enquête de grande ampleur pour comprendre les comportements de ces nouveaux Français.
Les voyagistes, eux, n’ont pas fait d’étude. Ils ont simplement constaté que la demande de leurs clients avait évolué. Adeline Cannère, chargée de la communication chez Fram :« Depuis la rentrée, nous proposons de nouvelles formules longsweek-ends du jeudi au lundi, à destination des grandes capitales européennes, mais aussi par exemple de Marrakech. Ça marche de mieux en mieux ! » Même offre à Nouvelles Frontières, où l’on a même conçu, explique Jacques Maillot, le PDG, « des mini-semaines du mercredi au lundi, en direction de l’Egypte et des Antilles. La croissance économique y est pour beaucoup. Mais les 35 heures aussi ! ».
Bricolage et jardinage sont les autres grands bénéficiaires des 35 heures. « Nous avons constaté leurs effets dès septembre 1999, explique Peter Van Vliet, directeur des études de Castorama. Le rythme de fréquentation de nos magasins est passé de 45 jours en moyenne entre deux visites à 35 jours. » Jean-Pierre Pouchard, directeur général de Jardiland, est plus prudent :« Le phénomène est trop récent pour qu’on puisse en mesurer l’effet. Mais le mercredi et le vendredi sont devenus des jours de fréquentation importante. » Les 35 heures, nouveau moteur de la consommation? Voilà de quoi surprendre les détracteurs de la loi...
(1) Enquête réalisée par téléphone du 25 au 30 mai 2 000 auprès d’un échantillon de 500 salariés passés aux 35 heures.
Martine Gilson Le Nouvel Observateur
miércoles, 5 de diciembre de 2007
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